À la rescousse de la salamandre pourpre

La salamandre pourpre, une espèce en déclin
Bien cachée dans le fond d’un ruisseau forestier se trouve l’un de nos amphibiens les plus colorés : la salamandre pourpre. Cette grande salamandre est l’une des plus rares du Québec et les ministères provincial et fédéral lui ont accordé un statut de protection vu la baisse de ses populations et sa fragilité face aux activités humaines. Désignée vulnérable au Québec et menacée au Canada, la salamandre pourpre ne se retrouve que dans les Appalaches et les Adirondacks, des chaînes de montagnes qui offrent des ruisseaux parfaits pour elle.

Des besoins très précis à combler
La salamandre pourpre est une salamandre de ruisseaux, ce qui veut dire qu’elle ne vit que dans des cours d’eau et ses bandes riveraines. Ces cours d’eau doivent être en milieu forestier, en tête de ruisseau et avoir un fond rocheux ou rocailleux, en plus d’être frais, oxygénés et peu sédimentés. Ce nombre élevé de critères explique partiellement pourquoi la salamandre est aujourd’hui en danger ! Ce sont néanmoins tous des besoins essentiels :

– Le fond du ruisseau en pierres lui offre des cachettes dans les interstices entre les roches;
– Les sédiments bouchent ces interstices et rendent les salamandres plus vulnérables à la prédation en plus de diminuer le taux d’oxygène dissout dans l’eau;
– L’eau fraiche et oxygénée est justement nécessaire à sa respiration cutanée (elle n’a pas de poumons!);
– Le couvert forestier joue un rôle pour garder l’eau fraîche (les feuilles font de l’ombre) et peu sédimentée (rétention des sédiments par les racines les arbres et arbustes).

Au Centre-du-Québec, ces habitats se trouvent surtout dans la MRC d’Arthabaska, dans le haut des ruisseaux de montagnes appalachiennes. C’est donc à cet endroit que le CRECQ concentre ses efforts de conservation de la salamandre pourpre depuis 2013.

Un travail collaboratif pour réduire les menaces
Les actions du CRECQ dans les dernières années visent surtout à réduire les menaces à la survie de la salamandre pourpre, et cela signifie de travailler en collaboration étroite avec les propriétaires des terrains forestiers sur lesquels coulent les ruisseaux à salamandres. Ces propriétaires sont donc informés sur la présence de salamandres pourpres, et autres salamandres de ruisseaux, chez eux et reçoivent des recommandations personnalisées selon les caractéristiques de leur(s) lot(s). De façon générale, le déboisement en bordure du cours d’eau, les traverses de ruisseau, l’ensemencement de truite mouchetée (omble de fontaine) et les travaux en bandes riveraines sont des sujets sur lesquels nous nous concentrons lorsque nous rencontrons les propriétaires.

La suite pour la salamandre
Des organismes œuvrent dans toutes les régions où se trouvent la salamandre pourpre pour limiter les atteintes à son habitat. Des réserves naturelles ont été créées, des lots ont été vendus/donnés à des organismes de conservation et des dizaines de propriétaires ont été sensibilisés à adopter des pratiques respectueuses de la salamandre et son habitat. Bien que la salamandre pourpre soit moins charismatique que le béluga ou le monarque, les efforts de conservation sont dans la bonne voie et les générations futures pourront certainement l’observer dans son habitat naturel.

Camille Pelletier-Guittier
Biologiste, Agente de projets milieux naturels
Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec