17 février 2026 – L’érosion, reflet de nos choix d’aménagement
On parle souvent de l’érosion comme d’un processus naturel, une force tranquille qui façonne les paysages au fil des siècles. Pourtant, sur nos territoires habités, l’érosion n’a plus rien de naturel. Elle est devenue le reflet direct de nos décisions d’aménagement, de nos habitudes d’entretien et de nos angles morts collectifs. Quand le sol s’érode, ce n’est pas la pluie qu’il faut blâmer, mais les chemins que nous lui avons ouverts en aménageant le territoire.
L’érosion commence rarement à même les lacs. Elle s’amorce bien en amont, notamment dans les fossés rectilignes où l’eau coule rapidement, dans les chemins forestiers qui se transforment en boue après une averse et dans les chantiers où les mesures de contrôle sont vues comme des contraintes plutôt que des protections essentielles. Chaque fois que l’on simplifie le parcours de l’eau, qu’on la canalise ou qu’on la force à se déplacer plus vite, on crée les conditions parfaites pour que les particules de sol partent en cavale lors d’une pluie.
Ces particules, une fois arrachées au sol, ne disparaissent pas! Elles voyagent, puis s’accumulent dans les milieux aquatiques. Là, elles étouffent les habitats, colmatent les frayères, réduisent la diversité biologique et transportent avec elles des nutriments qui aggravent les problèmes d’eutrophisation. L’érosion n’est donc pas seulement une affaire de sol : c’est une affaire d’eau, de poissons, de plantes, d’habitats. C’est un enjeu écologique, mais aussi économique et social.
Ce qui rend l’érosion particulièrement insidieuse, c’est qu’elle est diffuse. Elle ne provient pas d’une seule source identifiable, mais d’une multitude de petites décisions prises à l’échelle du territoire. Un fossé mal pensé, un chemin trop pentu, un chantier non stabilisé… Individuellement, ces gestes semblent anodins, mais collectivement, ils deviennent un problème majeur.
La bonne nouvelle, c’est que l’érosion est l’un des enjeux les plus accessibles à corriger. Il ne s’agit pas de réinventer nos infrastructures, mais de revoir notre relation à l’eau, en ralentissant sa vitesse d’écoulement et en diversifiant son parcours. Cela implique notamment de considérer les fossés comme des milieux vivants plutôt que de simples conduits, de planifier les chemins forestiers en fonction de l’hydrologie plutôt qu’en fonction de la facilité d’accès et de faire des chantiers des lieux exemplaires en matière de gestion de l’eau plutôt que des zones grises.
Pour lutter contre l’érosion, il faut accepter que chaque mètre de fossé, chaque entrée de cour et chaque ponceau est un choix hydrologique. La résilience de nos milieux naturels dépend de notre capacité à travailler avec le territoire plutôt que contre lui.
Malgré tout, l’érosion n’est pas une fatalité, mais plutôt un signal. Et ce signal nous indique qu’il est temps de repenser nos pratiques, de reconnecter nos décisions locales à leurs impacts globaux, et de redonner au sol la stabilité dont il a besoin. Parce que la protection des écosystèmes aquatiques commence sur le territoire, bien avant que l’eau n’atteigne le ruisseau!
Jean-François Martel
Biologiste, M. Sc. Eau, MBA
Directeur général de RAPPEL





