5 mai 2026 – Le papillon monarque et la biodiversité

La nature a été mon premier laboratoire. Depuis plusieurs années, je parcours les sites urbains et ruraux où poussent les asclépiades, ces plantes vitales à la survie du papillon monarque. À force d’observer des centaines de plants par jour, j’ai vite compris que cette plante était bien plus qu’un simple hôte pour le monarque : elle est au cœur d’un écosystème foisonnant. Une multitude d’insectes y trouvent refuge pour se nourrir de son nectar, s’y reproduire, chasser ou muer. Protéger l’asclépiade, c’est donc protéger une diversité d’espèces. C’est aussi reconnaître le monarque comme un véritable ambassadeur de la biodiversité, un symbole rassembleur qui nous relie à la nature.

Mais ce papillon est aussi une sentinelle, un indicateur de la santé de nos milieux naturels. En effet, on estime que, depuis les deux dernières décennies, la population du monarque a chuté d’environ 80 %*. Sa survie dépend étroitement d’un petit écosystème : celui de l’asclépiade. La femelle y dépose un œuf unique, et la chenille qui en émerge s’en nourrit exclusivement. Le message est clair : pas d’asclépiade, pas de monarque. Ce lien intime illustre avec force ce qui arrive lorsqu’un écosystème s’appauvrit : l’espèce s’affaiblit et finit par disparaître.

Ce constat dépasse largement le cas du monarque. Si on fait un parallèle avec l’humain, nous faisons, nous aussi, partie du règne animal. Nous dépendons de multiples écosystèmes : des forêts qui nous fournissent l’oxygène, des océans qui régulent le climat, des sols vivants qui nourrissent nos cultures. Quand la biodiversité s’effondre, c’est toute la chaîne du vivant, y compris la nôtre, qui s’en trouve fragilisée.

C’est à travers l’habitat du monarque que je mobilise les citoyens à la protection de la biodiversité, à Victoriaville et ailleurs au Québec. Dans ma ville, j’ai créé plusieurs zones du papillon monarque, dont une dans un parc urbain où poussent trois variétés d’asclépiade, syriaca, incarnata et tuberosa. Ma rue a aussi été transformée en rue amie du monarque : les citoyens y ont reçu gratuitement des plants d’asclépiade incarnate, une espèce peu envahissante, idéale pour les milieux urbains. J’en ai également planté dans les plates-bandes de commerces et chez des particuliers souhaitant contribuer à cette démarche. C’est aussi à travers mes conférences Le Papillon monarque et la biodiversité, présentées à travers le Québec, que je sensibilise les citoyens à l’importance de cette plante essentielle. J’y remets gratuitement des semences d’asclépiade incarnate afin d’encourager chacun à favoriser le retour du monarque dans nos paysages. Enfin, j’entretiens et protège les colonies naturelles d’asclépiades qui bordent le parc linéaire, afin d’éviter leur coupe.

Ces gestes simples mais concrets redonnent un habitat au monarque et, surtout, un sens à l’action collective. Chaque asclépiade plantée est une promesse de vie. Chacun de ces gestes, petit ou grand, devient un maillon d’une chaîne d’espoir : celle d’une biodiversité retrouvée, riche et vivante.

 

*Sources : Xerces Society for Invertebrate Conservation, « Eastern Monarch Conservation » ; National Wildlife Federation, « Making Sense of Butterfly Declines ».

 

Yolaine Rousseau
Conférencière et autrice du livre Le Monarque au Québec et la Biodiversité