6 octobre 2026 – « On protège seulement ce que l’on connaît »
La biodiversité est souvent perçue comme un concept scientifique complexe, alors qu’elle fait simplement référence à l’ensemble des êtres vivants et aux liens qui existent entre eux et leurs milieux naturels. Dans une ère où les changements climatiques, la perte des habitats naturels et le déclin de plusieurs espèces préoccupent de plus en plus la population, il est primordial de rapprocher les citoyens de la nature et de leur faire comprendre l’importance de protéger la biodiversité. Pourtant, beaucoup de gens connaissent peu les espèces et les milieux qui les entourent. Alors comment peuvent-ils protéger ce qu’ils ne connaissent pas ?
C’est ici que le Musée de la biodiversité du Québec à Bécancour entre en jeu. Sa mission : conscientiser, partager et rendre accessible les connaissances biologiques pour la conservation des espèces et milieux naturels. Le musée tente d’aider les visiteurs à développer un lien fort avec le monde naturel grâce à une expérience concrète, des expositions interactives, des activités éducatives et des animaux vivants.
Les animaux qui vivent au Musée ne sont pas simplement là pour être observés. Aucun d’entre eux ne peut retourner en nature. Ils ont ainsi une nouvelle façon de contribuer à la conservation de son espèce : ils deviennent des ambassadeurs de la biodiversité.
Ces animaux peuvent non seulement faire découvrir aux visiteurs de nouvelles espèces, comme la tortue serpentine, mais aussi changer les craintes ou préjugés qu’ils peuvent avoir envers une espèce connue. Prenons le raton laveur, par exemple. Il est considéré comme un animal nuisible, même s’il est important dans son écosystème. Heureusement, observer de près un raton laveur manipuler un objet avec ses pattes, chercher sa nourriture, faire des choix ou explorer son environnement permet de comprendre l’intelligence et les capacités de cet animal d’une tout autre façon.
C’est aussi pour cette raison que les enrichissements occupent une place importante dans mon quotidien en tant que responsable de la collection vivante. Offrir à un animal une nouvelle odeur, une façon différente de chercher sa nourriture, un objet à manipuler ou un environnement à explorer ne sert pas simplement à l’occuper. Ces activités lui permettent d’exprimer des comportements naturels et de répondre à certains de ses besoins physiques et cognitifs. Lorsqu’un animal peut exprimer ses comportements naturels, le visiteur a aussi la chance d’observer une partie de ce qui le rend unique et de créer un lien avec lui.
Mon travail comprend également une importante dimension éducative. J’essaie de transmettre aux visiteurs des informations sur les habitudes, le rôle dans l’écosystème et les menaces auxquelles les différentes espèces font face, afin que chacun reparte avec une meilleure compréhension de l’animal qu’il vient de rencontrer et qu’il comprenne pourquoi la protection est importante.
La conservation ne commence donc pas uniquement dans une forêt protégée, un laboratoire ou un plan de rétablissement. Elle peut commencer par une rencontre. Par un regard. Par une question. Par l’émerveillement d’un visiteur qui découvre réellement un animal.
Je crois que c’est l’une des grandes forces d’un musée comme le nôtre : donner un visage à la biodiversité. Il est beaucoup plus facile de se sentir concerné par quelque chose lorsque l’on a eu la chance de le découvrir, de le comprendre et de s’y attacher.
Protéger la biodiversité passe au fond par la connaissance, la compréhension et le respect. Parce qu’on protège seulement ce que l’on connaît.
Catherine Morin
Biologiste M. Sc.
Responsable de la collection vivante et de la recherche du Musée de la biodiversité du Québec





