Ce que nous apprennent les circuits courts d’ici et d’ailleurs !

La pandémie n’a fait que réaffirmer l’importance de travailler davantage sur notre système alimentaire pour qu’il soit plus durable, qu’il renforce notre économie et qu’il dynamise nos territoires. D’ailleurs, une nouvelle Stratégie d’achat des aliments québécois a été lancée en octobre dernier par le gouvernement du Québec : les consommateurs et les communautés sont invités à prendre part au mouvement.

On entend par circuits courts, ces types de mise en marché qui impliquent tout au plus un intermédiaire entre l’entreprise de production ou de transformation et le consommateur. Ils sont en pleine émergence au Québec.

Les circuits courts favoriseraient le développement économique local en servant d’effet levier[i]. En supprimant les intermédiaires, ils permettent aux producteurs agricoles d’accroître leur marge bénéficiaire sur leur produit et de procurer ainsi une valeur ajoutée à la ferme. Ils contribuent également au développement local puisqu’ils sont favorables à l’installation de nouvelles en­treprises agricoles sur le territoire. En effet, des 885 participants rejoints par une enquête nationale sur le profil des entrepreneurs qui œuvrent en ces circuits, une majorité (73,7 %) des exploitations provient du démarrage d’une nouvelle entreprise que l’on qualifie de petites fermes, moins de 25 hectares (66,3 %)[ii]. Il est intéressant d’observer une majorité de femmes à la tête de ces entreprises. Un dynamisme à encourager !

L’impact environnemental des circuits courts est quant à lui complexe à évaluer. En effet, il faut par exemple tenir compte du cycle de vie des aliments, qui comprend entre autres les dépenses énergétiques générées à la fois par la production, la transformation et le transport des denrées et de la saisonnalité des produits vendus en ces circuits. Cependant, la diminution des intermédiaires entre producteurs et consommateurs a un effet sur les émissions des gaz à effet de serre (GES) dû au transport des marchandises.

Selon l’inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, « le secteur qui produisait le plus d’émissions de GES au Québec, en 2016, était celui des transports […] qui générait 33,8 Mt éq. CO2, soit 43,0 % des émissions »[iii] de l’année. Les produits alimentaires représentent la seconde marchandise la plus transportée au Québec soit 16,3 %[iv] du transport total, on peut déduire que ces déplacements auraient été responsables de 5,4 Mt éq. CO2 en 2016. L’impact environnemental des circuits courts est à considérer.

De plus, selon Équiterre, il existerait une corrélation positive entre l’agriculture biologique et les circuits courts[v]. Ces exploitations intègrent davantage de pratiques agricoles durables qui diminuent aussi l’impact de l’agriculture sur l’environnement.

 

Mariane Dion
– Nutritionniste, Dt.P., M.Sc.
– Agente de planification, programmation et recherche, direction de santé publique et responsabilité populationnelle, CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec
– Membre de la Table intersectorielle régionale pour les saines habitudes de vie

[i] Élaboration d’un Agenda local 21 : http://a21l.qc.ca/21822_fr.html
[ii] Azima S. & Mundler P. 2020. Agriculteurs et agricultrices en circuits courts au Canada. Principaux résultats d’une enquête nationale. Université Laval. 24 p.
[iii] MELCC (2016) : http://www.environnement.gouv.qc.ca/changements/ges/2016/Inventaire1990-2016.pdf
[iv] MTQ (2018) : https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/entreprises-partenaires/ent-camionnage/statistiques/Documents/portrait-statistique.pdf
[v] Équiterre : http://equiterre.org/sites/fichiers/axe_offre_complet.pdf