L’« ÉCOANXIÉTÉ » : DES PISTES D’INTERVENTION POUR LES INTERVENANTS DU TERRITOIRE

Les nouvelles sur l’effondrement de la planète et la crise climatique abondent dans les médias. L’abondance de ces messages quasi apocalyptiques entretient, chez certaines personnes, inquiétudes et doutes face à l’avenir de l’humanité. D’autres en viennent même à vivre un sentiment de peur chronique, appelé «écoanxiété».

Nouveau mal du siècle!

Une vaste majorité de Québécois (79%) se déclareraient fortement préoccupés par les problèmes environnementaux selon le Laboratoire sur l’action climatique. Mieux encore, 86 % auraient le désir de contribuer à la lutte aux changements climatiques en modifiant certains de leurs choix et de leurs activités quotidiennes. Sous ces airs de bonne nouvelle se cache parfois aussi de la détresse. Bien sûr, être préoccupé par l’environnement ne fait pas nécessairement de soi une personne écoanxieuse. Mais qu’en est-il alors de ce nouveau mal du siècle ? « Il n’existe pas encore d’outil diagnostic spécifique à ce type d’anxiété. Il s’agit donc d’un thème un peu fourre-tout. Stress, colère, culpabilité, difficulté à dormir et sentiment d’impuissance concernant les enjeux planétaires sont des signes que quelque chose ne va pas et qu’il faut aller chercher de l’aide », mentionne Karine Saint-Jean, psychologue. Celle-ci soutient que les enjeux environnementaux sont complexes et que l’écoanxiété est donc « un terrain propice aux biais cognitifs pouvant faire en sorte qu’on met l’emphase sur une partie de l’information en ignorant le reste ». De là la difficulté que pourraient avoir certains intervenants du territoire à répondre aux inquiétudes de citoyens écoanxieux.

Passer à l’action

Face à cette situation, Dre Saint-Jean nous invite à passer par ces différentes étapes :

– Reconnaître l’émotion vécue par la personne et la laisser ventiler sans juger, elle se sentira ainsi mieux comprise.

– Normaliser ses émotions : il est normal de se sentir en colère tenant compte des problématiques environnementales existantes.

– Conscientiser la personne à ce qu’elle consomme comme information : lire très souvent des articles catastrophes ou ce qui confirme ce qu’elle sait déjà risque d’augmenter son stress.

– Si la situation le permet, creuser un peu plus en apportant quelques questions de précisions et en mettant ce que la personne dit en relation avec ce qu’on connaît. Bien que certaines informations soient vraies, les liens entre ces dernières peuvent parfois être biaisés.

– Inviter la personne à s’engager dans des actions concrètes pour un meilleur environnement, ce qui aura pour effet de diminuer son sentiment d’impuissance face à la situation. D’autant plus que ces activités permettent de se lier à des gens qui ont la même vision ou les mêmes valeurs que soi. Le sentiment de cohésion sociale qui en résulte contribue à baisser le niveau d’anxiété.

Dans tous les cas, inutile d’essayer de convaincre la personne. L’humain ayant besoin de consonance, on risque de le renforcer dans son point de vue en faisant une telle chose.

Cultiver l’amour, la compassion, la communication non violente, et se connecter davantage à la nature constituent également des pistes intéressantes pour apaiser l’écoanxiété, mais il reste encore beaucoup à explorer sur ce phénomène relativement nouveau.

Constance Morel
Chargée de projet au CRECQ (2019-2020) et bénévole en écoute active.