10 juin 2026 – L’eau au QuĂ©bec, notre hĂ©ritage commun Ă  protĂ©ger

Quand on m’a demandé d’écrire un texte sur la gestion de l’eau, la première image qui m’est venue, c’est le souvenir d’une histoire de Boucar Diouf, un biologiste-humoriste qui se passe de présentation. Lors de son spectacle Magtogoek, il nous raconte comment l’évolution nous a fait passer du milieu aquatique au milieu terrestre, tout en transportant la mer avec nous. Les fœtus ne se développent-ils pas dans une mer intérieure? Nos cellules ne sont-elles pas composées presque uniquement d’eau? Pour moi, c’était comme une révélation. J’ai compris pourquoi la mer, les lacs et les rivières sont autant d’endroits prisés pour les vacances, le repos. Avez-vous vous aussi le sentiment d’être à la maison lorsque vous avez les deux pieds dans l’eau? Oui? Nous ne sommes pas les seul.es, l’importance culturelle de l’eau est grande au Québec, et pour cause! Des milliers de lacs et rivières ont servi de trame au développement du territoire et, encore de nos jours, les plans d’eau sont au cœur de nos milieux de vie. Ce privilège vient toutefois avec une grande responsabilité : celle de protéger cette ressource.

Un petit pas pour la planète, mais un grand pas pour le Québec!

L’eau a longtemps Ă©tĂ© gĂ©rĂ©e en silo en fonction des usages, chacun s’assurant de rĂ©pondre Ă  ses propres besoins sans toujours ĂŞtre conscient des impacts de ses activitĂ©s sur les activitĂ©s en aval. Pour protĂ©ger adĂ©quatement l’eau, il fallait un changement de paradigme. L’annĂ©e 2002 pose le premier jalon par l’adoption de la première Politique Nationale de l’Eau (PNE). Cette dernière fixe un objectif ambitieux : gĂ©rer l’eau par bassin versant en rassemblant autour d’une mĂŞme table les diffĂ©rents acteurs qui influencent sa qualitĂ© et sa disponibilitĂ©. Naissaient alors les premiers organismes de bassins versants (OBV) Ă  qui on lançait le dĂ©fi d’implanter ce nouveau mode de gestion.

Lorsque j’ai commencĂ© Ă  travailler au COGESAF en 2004, la gestion intĂ©grĂ©e de l’eau par bassin versant Ă©tait encore un concept mĂ©connu. La plupart de nos rencontres avaient comme objectif de sensibiliser les acteurs et actrices du territoire Ă  l’importance de la gestion de l’eau en souhaitant leur engagement dans l’élaboration du premier Plan directeur de l’eau. Je ne sais pas si c’est la naĂŻvetĂ© du dĂ©butant ou l’envie de contribuer Ă  cet ambitieux chantier, mais force est de constater que les OBV ont su convaincre les actrices et acteurs du territoire que la protection de l’eau passe impĂ©rativement par l’engagement de toutes et tous. En partageant l’information et en assurant une comprĂ©hension commune des enjeux du territoire, les OBV ont rĂ©ussi Ă  rassembler les municipalitĂ©s, les producteurs agricoles et forestiers, les entreprises, les organismes environnementaux et les associations citoyennes autour d’une mĂŞme table et Ă  favoriser l’Ă©mergence de solutions concertĂ©es adaptĂ©es aux problĂ©matiques locales. Plus de vingt ans plus tard, nous sommes Ă  mĂŞme de constater le chemin parcouru et affirmer sans hĂ©siter la pertinence du travail des OBV et la nĂ©cessitĂ© de supporter de la gestion de l’eau par bassin versant.

Depuis les 22 dernières annĂ©es, j’ai vu naĂ®tre une vĂ©ritable culture de concertation autour de l’eau. Aujourd’hui toutefois, les dĂ©fis liĂ©s Ă  l’eau prennent une ampleur sans prĂ©cĂ©dent. Les Ă©pisodes de pluie intense mettent Ă  l’épreuve nos infrastructures et augmentent les risques d’inondations. Les pĂ©riodes de sĂ©cheresse de plus en plus longues soulèvent de nouvelles prĂ©occupations quant Ă  la disponibilitĂ© de l’eau pour l’approvisionnement en eau potable et la prĂ©servation des Ă©cosystèmes aquatiques. Les changements climatiques amplifient les problĂ©matiques actuelles et nous forcent Ă  revoir nos façons de dĂ©velopper le territoire. Les besoins sont grands, les ressources sont limitĂ©es et, dans ce contexte, la concertation passe parfois au second plan. Pourtant, face Ă  ces enjeux complexes, nous devons plus que jamais nous rattacher Ă  une vision commune du bassin versant et optimiser l’utilisation de nos ressources. Forts de l’expertise dĂ©veloppĂ©e au cours des 20 dernières annĂ©es, les OBV jouent un rĂ´le central dans l’adaptation des communautĂ©s face Ă  ces dĂ©fis grandissants. Après plus de vingt ans au sein du COGESAF, je suis convaincue que la gestion intĂ©grĂ©e de l’eau par bassin versant reprĂ©sente l’une des meilleures rĂ©ponses aux enjeux auxquels nous sommes confrontĂ©s. Notre rĂ©silience et la santĂ© de nos cours d’eau dĂ©pendent de notre capacitĂ© Ă  agir collectivement. Je termine en vous invitant Ă  prendre le temps de profiter des plans d’eau qui vous entourent, Ă  prendre la mesure du privilège que nous avons d’habiter dans un environnement oĂą l’eau est omniprĂ©sente et contribue au bien-ĂŞtre collectif. C’est en reconnaissant les services rendus par cette ressource que nous poursuivrons notre engagement pour sa protection. Comme Boucar l’image si bien, l’eau et l’humain sont intimement liĂ©s. ProtĂ©ger nos lacs et nos rivières, c’est nous protĂ©ger nous-mĂŞme.

Julie Grenier
Biologiste, directrice de projets au COGESAF